Un hameau dans le bocage vendéen

date_range 17 Mars 2020

C’était un hameau dans le bas bocage Vendéen, à l’écart des grandes routes et abritant quelques familles de petits agriculteurs. C’est là que je suis né en février 1954. A cette époque dans le bocage Vendéen les femmes accouchaient encore à la maison. J’étais le second enfant d’une famille qui allait en comporter quatre.

Mes parents étaient agriculteurs et fils d’agriculteurs. A l’époque où ils étaient enfants – tous deux étaient nés dans la décennie 1920₋1930 - on était agriculteur de père en fils, et dès la fin de la période de scolarisation obligatoire, fixée à l’âge de 14 ans – les enfants commençaient à travailler à plein temps dans les champs, non sans y avoir déjà travaillé pendant toutes les vacances scolaires, et sans autre perspective d’avenir.

L’exploitation ne s’étendait que sur une douzaine d’hectares et était louée auprès d’un propriétaire foncier habitant à Nantes, à environ 50 km de là. Dans une tradition qui remonte à avant la Révolution française il appelaient le propriétaire « Not’ Mait’ » (ce qui signifie « notre maître ») et le loyer de la ferme était payé pour partie en argent et pour partie en nature (lapins, poulets...) à chaque fois que leurs propriétaires passaient leur rendre visite, c’est-à-dire en gros une fois par an. Le voisin de mes parents étaient « métayer », c’est-à-dire qu’ils donnaient à leur propriétaire la moitié de leurs récoltes. Les deux propriétaires étaient parents et de ce fait mes parents et leurs voisins partageaient la même grange avec des ouvertures des deux côtés, un simple mur ne montant pas jusqu’au toit assurant la séparation ce qui permettait d’entendre tout ce qui se disait de l’autre côté. Malgré la proximité physique de leurs exploitations mes parents et leurs voisins ne s’entraidaient guère et se regardaient souvent de travers – ils avaient ce que mes parents appelaient des « fâcheries ». Méfiance qui était également de mise vis-à-vis des habitants des grandes villes - mes parents parlaient avec mépris des « Nantais » et des « Parisiens ». La plupart des paysans vendéens de l’époque pratiquaient la polyculture et vivaient essentiellement des produits de la ferme et de leur jardin, produisant eux-mêmes le lait, le beurre, la farine – troquée contre du pain auprès du boulanger - et leurs légumes. Les seules exceptions étaient le poisson et les coquillages, que le poissonnier allait acheter plusieurs matins par semaine sur la côte vendéenne – à environ 25 km du village - et revendait sur la place de l’église. La seule période de l’année où l’entraide était de mise était celle des battages ; après la récolte du blé dans les champs à l’aide une « moissonneuse-lieuse », tractée par des bœufs, une « machine à battre » (batteuse) actionnée par un tracteur – le temps des machines à vapeur pour la battage était révolu - passait de ferme en ferme ; les paysans se regroupaient alors pour passer d’une ferme à l’autre avec une « machine à battre » (batteuse) dans laquelle on introduisait le blé coupé dans les champs avec une « moissonneuse » - à l’époque tractée par des bœufs. Ces regroupements étaient l’une des rares occasions de fêtes et étaient accompagnées de repas , servis sur des tables supportées par des tréteaux en bois et recouvertes de draps en guise de nappes. C’était aussi l‘occasion de boire de nombreuses bouteilles de vin, lequel était produit sur place, chaque exploitation ayant sa propre vigne. Pendant les vacances scolaires nous étions tenus à participer aux travaux des champs, comme le bêchage des choux ou des choux-raves, le récolte du foin ou du blé, les vendanges, les moissons.

Mes parents et leurs voisins ne parlaient pas le français mais le patois vendéen, un mélange de français et de latin tardif. Bien entendu comme pour la langue bretonne en Bretagne il était interdit de parler la patois à l’école primaire ; en CM1 et CM2 (cours moyen 1ère et 2ème année) cela était puni d’un bon coup de règle sur les doigts administré par l’instituteur. La prononciation de ce patois variait légèrement d’un village à l’autre et selon qu’on habitait le bourg ou le reste de la commune, de sorte qu’il était possible de deviner l’origine du locuteur.

A l’époque les maisons de retraite étaient peu répandues et les grands-parents demeuraient le plus souvent dans la maison de leurs enfants. Mes parents partageaient l’exploitation de la ferme avec mes grands-parents du côté de ma mère. Il y avait souvent des désaccords au sujet de l’exploitation de la ferme entre mon père et mon grand-père maternel, qui se traduisaient par de violentes disputes. Je garde aussi le souvenir d’une arrière-grand-mère qui passait une grande partie de son temps assise sur une chaise à « égrainer » avec un couteau des grappes de maïs. Je garde aussi le souvenir de veillées d'hiver passées autour de la cheminée - pas encore de poste télévision à cette époque -, ma mère tricotant et mon père confectionnant des panniers en osier. Souvenirs mons bons et un peu plus tardif : mon père rentrant des champs au volant de son tracteur et klaxonnant avec insistance pour que ma mère laaisse sur le champ tout travail en cours et sorte lui ouvrir séance tenant les portes de la grange qui servait aussi de garage au dit tracteur. Mon père était assez colériqueconsidérait un peu ma mère comme sa boniche, ce qui n'empêchait pas ma mère de "porter la culotte", c'est-à-dire d'imposer ses décisions souvent après de fréquentes et parfois violentes disputes.

Ma mère avait par son tempérement très anxieuse et a manifesté ce tempéremment toute sa vie, y compris après le départ en retraite de mes parents. Elle était sans cesse très préoccupée par les soucis de la ferme, et toujours à courir après l'horloge ("déjà 20 heures et je n'ai pas encore fini de "tirer" (traire) les vaches" . Il faut dire aussi que le travail d'agriculteur déjà à cette époque était très prenant (jounée bien au-delà de 8heures, travail même le dimanche (il faut bien traire les vaches aussi le dimanche, soucis quand une vache était sur le pont de "vêler" (mettre au mlonde un veau), soucis avec la météo, les périodes de sécheresses, etc...etc...

Je n'ai aucun souvenir de ma mère (et encore mon père) me prenant affectueusement dans ses bras. Celà a dû arriver certainement, mais la plupart du temps préoccupée par les soucis financiers ou de la ferme. Et aucun souvenir d'avoir entendu un "je t'aime", mes parents n'ayant pas été incités dans leur éducation à exprimer leurs sentiments, que ce soit dans leur couple ou avec leurs enfants.

Ce climat d'insécurité - mère anxieuse incapable de me rassurer, disputes conjugales fréquentes, insécurité financière - a été certainement la principale cause de mon tempéremment anxieux, en plus de très probables prédispositions génétiques. 

Le hameau faisait partie d’une commune de quelques huit-cents habitants, dont le bourg était à environ un kilomètre de là et comportait essentiellement une église, une mairie, une petite épicerie et trois cafés – points de rendez-vous des hommes après la messe du dimanche pour « boire un coup » (de vin) et jouer à la belote. La sortie de la messe était la principale occasion de rencontre pour les habitants de la paroisse.

Les habitants bocage Vendéen était alors pratiquement tous catholiques pratiquants. Il était très mal vu de ne pas assister à la messe du dimanche, qui était encore dite en latin – surtout dans une paroisse où tout le monde se connaissait et donc se surveillait. Seules étaient compréhensibles par les fidèles les lectures de l’épître et de l’évangile et le sermon qui durait une vingtaine de minutes. Pour le reste il fallait suivre l’office dans un « livre de messe » (ou « missel ») où figuraient côte-à-côte le texte en latin et sa traduction en français. De plus la plupart du temps le prêtre tournait le dos à l’assistance – le Concile Vatican II qui a changé ces pratiques n’a débuté qu’en 1962. Le sermon était souvent l’occasion pour le prêtre de condamner certaines pratiques en les qualifiant de « péché mortel », c’est-à-dire conduisant à l’Enfer ceux qui mourraient sans avoir confessé ce péché à un prêtre, où de « péché véniel » ce qui dans les mêmes circonstances conduisaient seulement à un séjour au « purgatoire » plus ou moins long (la durée n’était pas précisée) avant de gagner le ciel. Parmi les péréquentation des bals populaires d’aller au bal, loisir qui commençait à se répandre chez les jeunes à la campagne dès les années 1960 (« Aller au bal c’est un péché mortel ! »…) et les péchés véniels (purgatoire…).

Mes parents avaient hérité de ces traditions catholiques de leurs parents nous les ont transmis à nous quatre comme allant de soi. Nous devions aussi assister aux vêpres le dimanche après midi, cérémonie très ennuyeuses qui consistait en une sorte de dialogue chanté en latin entre le curé et le paroissien d’âge respectable qui trônait à l’harmonium. Il fallait assister aussi aux messes « basses » (c’est-à-dire récitée à voix basse par le prêtre) que mes parents faisaient « dire » moyennant une certaine somme forfaitaire payée au prêtre à chaque anniversaire de la mort d’un proche parent ou pour les membres décédés de la famille en général. Il s’agit en ce que l’on appelait et appelle encore une messe pour le « repos »  des morts, dans le but de faire diminuer la durée du séjour de leur âme au purgatoire, doctrine particulière à l ‘église catholique.

Pour mes parents comme pour beaucoup d’autres à cette époque et en Vendée suivre les pratiques – ce qu’on appellera plus tard être « catholique pratiquant «  allait de soi. Ils avaient hérité de ces pratiques de leurs parents – comme ils avaient hérité du métier d’agriculteurs - et se faisaient un devoir de les transmettre à leurs enfants. Ces pratiques consistaient à aller à la messe tous les dimanches, à se confesser à un prêtre (c’est-à-dire le plus souvent le curé de la paroisse)au moins une fois par an juste avant la fête de Pacques, à communier , à faire baptiser leurs enfants, à leur faire prendre la Première Communion, puis par la Confirmation

En ce qui me concernait j’ai été baptisé le jour même de ma naissance. Il fallait faire baptiser le plus tôt possible après la naissance, car sinon selon la tradition catholique en cas de mort prématurée le petit enfant allai non pas au paradis mais dans les limbes. La cérémonie se déroulait au fond de l’église dans ce qu’on appelait les « fonds baptismaux ». Elle était le sacrement par lequel l’enfant était censé devenir chrétien, ou plus exactement membre de l’Église Catholique, et donnait accès aux sacrements. On désignait un parrain et une marraine, le plus souvent choisis parmi les oncles, tantes, cousins ou cousines (adultes) qui étaient sensés veiller à l’éducation de l’enfant, ce qu’ils ne faisaient guère laissant ce soin aux parents, prêtres ou instituteurs. Pour nous enfants le parrain et la marraine étaient plutôt ceux qui nous faisaient un cadeau à chaque nouvel an, en plus de ceux reçus des parents.

Comme leurs parents avant eux et la plus grande partie de la Paroisse mes parents avaient un profond respect pour leur curé. D’une part parce que c’était avec les instituteurs et le maire les personnes les plus instruites de la paroisse, mais aussi et surtout parce que le prêtre était considéré comme quelqu’un de sacré. Comme l’enseignait l’Église catholique – on, devrait plutôt dire la hiérarchie catholique – le prêtre était un intermédiaire entre Dieu et les hommes, pratiquement un représentant du Christ sur Terre. Il fallait passer par lui pour recevoir les sacrements, à l’exception du baptême qui pouvait être donné en cas d’urgence par un simple laïc, et du mariage, qui était donné par chacun des conjoints à l’autre, le prêtre ne donnant qu’une bénédiction.

Le culte marial – c’est-à-dire de la « Vierge Marie » occupait une place très importante. Je me souviens d’une « mission » au cours de laquelle après la messe tous les participants s’étaient rendus en procession à l’un des nombreux calvaires – comme il y en a beaucoup en Vendée, pour célébrer l’installation d’une statue de la Vierge en remplacement d’une croix qui avait subi les ravages du temps. j’ai gardé pendant longtemps la photo prise en ces occasions, où l’on nous voyait tous alignés devant la toute nouvelle statue.

 

Chapetet

processions, missions

 

 

 

Confiance absolue dans le prêtre = remplaçant de Christ sur Terre

 

 → scandale de la pédophilie

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